Nouvelle République du 08/06/2010

Sur une banderole, certains manifestants ont montré qu'ils savent manier l'ironie. - (Photo Patrick LAVAUD). - Photo
NR
En fin d'après-midi hier, environ quatre-vingts
personnes se sont rassemblées devant le palais de justice de Poitiers à l'appel du comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux. Il s'agissait de soutenir Alain EVILLARD, Poitevin
convoqué par un juge d'instruction parisien pour avoir comparé le procureur Pierre SENNÈS à Maurice PAPON lors d'une manifestation organisée à Poitiers le 17 octobre 2009. Le juge devrait
signifier à Alain EVILLARD sa mise en examen du chef d'injures publiques envers un fonctionnaire public.
Lors de la manifestation d'hier, Alain EVILLARD a assumé son geste : « Je ne regrette pas du tout d'avoir agi comme je l'ai fait, a-t-il déclaré au porte-voix. Il fallait que ça
sorte ! »
Au nom du comité qui « reste mobilisé »,
Jean-François CHAZERANS a affirmé que ces poursuites avaient pour but de « nous entraîner dans une spirale ». « C'est le même procureur qui a annoncé une information judiciaire sur
les événements du 10 octobre, information dont il ne nous rend plus compte ! »
Le rassemblement s'est déroulé dans le calme et sous la surveillance discrète de la police.
Les organisateurs ont promis de se retrouver place du palais le 29 juin jour de l'audition d'Alain EVILLARD, initialement prévue pour aujourd'hui.
Rectification : Jean-François CHAZERANS a promis de se retrouver probablement le 28 juin, veille de l'audition d'Alain EVILLARD à Paris.
Ainsi cet article nous apprend que la police sait rester
discrète ; nous pouvons donc en conclure que lorsqu'elle ne l'est pas, discrète, c'est volontairement, par exemple, pour faire peur et exciter la colère de ceux qu'elle surveille !
Il nous apprend également que le rédacteur de la légende de la photo pense que le Procureur n'est peut-être pas aussi formidable que ça : attention il est, en revanche, très susceptible
!
Rappelons quand même les circonstances qui ont conduit à l'interpellation d'Alain EVILLARD :
– samedi 10 octobre : journée des "Expressifs" à Poitiers, ambiance festive à laquelle
assistent, entre autres Samuel BASTARD et Jean-Salvy COMPTE (vidéo pertinente 52e seconde) ;
surviennent alors, venus d'on ne sait où, et la police ne communiquera pas sur le sujet, des individus cagoulés qui se mêlent à une manifestation contre le transfert des prisonniers de la maison
d'arrêt de Poitiers à Vivonne et plus généralement contre les dérives du système carcéral, et en profitent pour dévaster le centre ville, cassant vitrines et sucettes publicitaires ; la
police débordée intervient de façon désordonnée et n'arrêtent aucun des casseurs ;
à 20 heures 30, de longues heures après les événements, la police débarque à l'Espace culturel du Collectif 23 où des concerts étaient prévus après la manifestations qui aurait dû être pacifique
; là, le comportement des
policiers est scandaleusement répressif cassent le matériel et arrêtent trois personnes, dont Samuel et Jean-Salvy avec ce commentaire d'un des policiers :
"C'est les trois débiles qu'on voit
toujours en manif. Y en a marre de voir vos gueules de cons" ; la suite montrera qu'il avait raison puisque "ASSERMENTÉ ! " ; ils sont gardés à vue pour être jugés en comparution
immédiate ;
– lundi 12 octobre : Brice HORTEFEUX ministre de l'Intérieur, vient à Poitiers et demande que la justice "sanctionne durement les
casseurs" qui, rappelons-le, n'ont pas été arrêtés ; et vive la sérénité de la Justice qui y perdra sa majuscule ;
lors du procès en comparution immédiate de huit des dix-huit personnes interpellées samedi, le procureur "formidable" se montrera d'une implacable dureté envers des personnes qui, visiblement,
n'ont eu que la mauvaise idée de se trouver à la mauvaise place au mauvais moment ; il accusera témoins et prévenus de lâcheté et de menteurs, il demandera jusqu'à 3 ans de prison ! … du délire
dans cette parodie de justice où il n'y a pas une preuve de culpabilité et où c'est parole contre parole … mais parole "ASSERMENTÉE" d'un côté ! les inculpés sont condamnés : 3 à de la prison
ferme, 5 avec sursis, sanctions trop clémentes pour le Parquet qui fera appel ;
– devant cette triste farce judiciaire, le Comité Poitevin Contre la Répression des Mouvements Sociaux appelle à une manifestation de soutien aux condamnés le 17 octobre ; la semaine s'écoule avec le sentiment d'une injustice flagrante ;
– samedi 17 octobre : 700 à 1000 personnes défilent dans le calme dans les rues de Poitiers, vers le parc de Blossac, mais sous les objectifs (appareils photos et caméras) de policiers goguenards et provocateurs qui font monter la pression ; dans le parc, les policiers, armés de flash-balls, encerclent les manifestants qui se sentent menacés, la colère monte :
c'est dans ce climat tendu à l'extrême qu'Alain a laissé exploser
son indignation devant Jean-François PAPINEAU,
directeur de la sécurité publique en lachant :
"Le procureur est un salaud, un Papon !"
Moralité : il ne faut jamais dire à voix haute ce que tout le monde pense tout bas car l'hypocrisie est une vertu, dans notre République.
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